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« LES INONDATIONS ANÉANTISSENT LES INVESTISSEMENTS DE L’ÉTAT ET LES COLLECTIVITÉS »

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« Les inondations au Sénégal ont un impact très négatif sur les conditions socio-économiques des populations. Et pour trouver une réponse plus durable à la gouvernance des inondations, d’améliorer la connaissance du risque, de renforcer la résilience des populations et d’avoir des prévisions plus fiables, le gouvernement du Sénégal a obtenu, avec l’appui de l’AFD, une subvention de 15 millions d’euros du FVC pour financer les activités du Projet de Gestion Intégrée des Inondations au Sénégal (PGIIS). Cette initiative s’appuie sur une approche scientifique et institutionnelle de gestion des inondations urbaines à l’échelle locale et nationale et va au-delà de la réalisation d’infrastructures. Le chargé du suivi évaluation dudit projet, Hamidou KONATÉ a répondu aux questions de Emedia.

Pouvez-vous revenir de façon succinct, sur les impacts des inondations ?
« Les inondations occasionnent des pertes en vies humaines avec 26 décès, 264.000 sinistrés et environ 8000 habitations inondées ainsi que le déplacement de 5000 familles (dont plus de 50% dans les villes de Dakar et de Matam) en 2012, 2 personnes tuées en 2019 et plusieurs quartiers impactés en 2020 et 2021. Elles anéantissent les investissements effectués par l’État et les collectivités, ralentissent l’exercice des activités économiques, rendent difficile la mobilité, la prise en charge des ordures ménagères, l’accès aux services sociaux de base (structures de santé, établissements scolaires), dégradent l’environnement des sinistrés et ne favorisent pas l’attractivité territoriale des territoires : le cadre et les conditions de vie des populations sont impactés. Ainsi, la gestion des eaux pluviales est devenue un enjeu de développement et de bien-être sur l’ensemble du territoire.

Face à ce fléau et ses conséquences néfastes pour les populations, quels sont les actes posés par l’État du Sénégal ?
Pour renforcer la résilience des populations, l’État a initié plusieurs programmes et projets qui sont arrimés, sur le plan national au Plan Sénégal Émergent (PSE), à la Contribution Déterminée Nationale (CDN) et à la Lettre de Politique Sectorielle de l’Eau et de l’Assainissement à travers le Programme Assainissement et Gestion des eaux Pluviales (PAGEP). Ces initiatives de l’État sont intégrées dans le Programme Décennal de Gestion des Inondations pour la période 2012-2022 (PDGI). Parmi ces réalisations figurent le Projet d’assainissement des 10 villes (sous Maîtrise d’Ouvrage ONAS), le Projet « Vivre avec l’Eau VAE (sous Maîtrise d’Ouvrage DPGI) », le PROGEP (sous Maîtrise d’Ouvrage ADM), le Projet « Pikine Irrégulier Sud » (PIS, sous Maîtrise d’Ouvrage de l’APIX), le Projet de Construction des Logements Sociaux (sous Maîtrise d’Ouvrage PCLSLB) et l’AGEROUTE. Il y a également des actions initiées par l’ANAT et la DGUA pour promouvoir une meilleure prise en compte du risque dans les documents de planification urbaine.
Ces projets ont déjà permis d’avoir plusieurs réalisations qui ont réduit les impacts des inondations tant sur le plan démographique, social, économique qu’environnemental ».

Qu’est-ce qui justifie la mise en place du Projet de Gestion Intégrée des Inondations au Sénégal (PGIIS) ?
« Les inondations constituent un problème récurrent pour le Sénégal. Chaque année, plusieurs quartiers localisés dans différentes localités sont submergés pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Selon les scénarii établis dans la Contribution Déterminée Nationale (CDN), et dans le dernier rapport du GIEC (IPCC, 2021), les phénomènes climatiques extrêmes, notamment les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur, seront plus susceptibles de se produire à l’avenir. Les inondations, de par leurs impacts sur le plan démographique, économique, social et environnemental, constituent ainsi une préoccupation majeure dans les zones urbaines.
Afin de réduire la vulnérabilité des populations et renforcer leur résilience, le gouvernement du Sénégal a mis en place le Programme Décennal de Gestion des Inondations pour la période 2012-2022 (PDGI). L’analyse des interventions met aussi en relief, entre autres, une certaine méconnaissance du risque, une insuffisante planification de dimensionnement des infrastructures, un défaut de prise en compte du risque dans l’occupation de l’espace ainsi que l’absence d’un plan de communication et de sensibilisation afin de promouvoir la culture du risque ».

Que renferme ce Pgiis ?
« C’est pour trouver une réponse plus durable à la problématique des inondations que le gouvernement du Sénégal a initié, le Projet de Gestion Intégrée des Inondations au Sénégal (PGIIS) grâce à une subvention de 15 millions d’euros sur cinq ans (2018-2023) du Fonds Vert pour le Climat qui a délégué sa contribution à l’Agence Française de Développement. Le PGIIS est articulé autour de 4 composantes. La première composante porte sur la connaissance du risque avec la réalisation d’une cartographie nationale et une campagne de communication et de sensibilisation. La seconde composante est axée sur la réduction du risque avec la mise en place d’ouvrage de drainage dans le cadre du PIS 2, et l’élaboration de mesures non structurelles (mesures softs). Quant à la troisième composante, elle a pour objectif d’améliorer les prévisions avec l’acquisition d’un radar et de pluviomètres automatiques qui vont couvrir les régions de Dakar et Thiès et de piézomètres à répartir sur le territoire national par la DGPRE. Enfin, la quatrième composante est destinée au renforcement de la gouvernance afin de promouvoir des actions et l’efficience de la dépense publique ».
Le PGIIS, par une approche scientifique et institutionnelle, vise à soutenir la politique du pays en matière de risque d’inondation qui va au-delà de la réalisation des infrastructures. Ainsi, le PGIIS va aboutir à l’élaboration d’une politique intégrée à l’échelle nationale pour la gestion des risques de catastrophe liés aux inondations afin d’optimiser les investissements au niveau national et à l’échelle locale. Il aura également des impacts positifs sur l’adaptation aux changements climatiques notamment au travers de la réduction de la vulnérabilité aux inondations et de la promotion de l’efficience des dépenses publiques et au renforcement de la gouvernance du risque.

Quelles sont les actions qui peuvent être mises sur le compte du PGIIS depuis sa mise en œuvre ?
Le PGIIS a déjà acquis un modèle numérique de terrain (MNT) avec une précision de 2 m à l’échelle du territoire national. Ce MNT a servi à l’analyse du risque d’inondation sur tout le territoire national. De plus, combiné avec d’autres paramètres, il a permis d’identifier les zones les plus exposées aux inondations à l’échelle du pays. Il s’agit du Grand Dakar (Dakar et Thiès), de Diourbel-Touba, de Kaffrine, de Matam, de Kolda, Tamba, et Kédougou. Ces sites ont fait l’objet d’une campagne d’acquisition de photos aériennes couplées à du Lidar. Ces matériaux vont contribuer à l’amélioration de la connaissance du risque inondation avec la production d’une cartographie détaillée, à l’établissement de solutions structurelles et non structurelles pour la réduction du risque, et à une meilleure intégration du risque dans les documents de planification urbaine en relation avec la DGUA. Par ailleurs, le projet va participer au renforcement des capacités de l’ANACIM et la DGPRE pour avoir de meilleures prévisions avec notamment la mise à disposition d’un radar et de piézomètres pour la surveillance des nappes et cours d’eau. Ce marché et celui destiné au renforcement du SIG et du système de télégestion de ONAS sont en cours d’attribution. Enfin, le PGIIS a élaboré une stratégie de communication et de sensibilisation sur le risque d’inondation dans le but de promouvoir la culture du risque dans un contexte de changement climatique marqué par une recrudescence des inondations. L’objectif est de bannir les comportements qui exposent d’avantage les populations aux impacts des inondations. Il s’agit de manière spécifique de nous approprier les ouvrages en évitant de jeter des ordures dans les réseaux et bassins ; d’aménager nos espaces en évitant d’occuper les voies d’eau et les espaces non aedificandi ; et de participer à l’entretien des réseaux et bassins en guise de contribution citoyenne ».

Quelles sont les dispositions prises cette année pour faire face aux inondations ?
« Afin de prendre les dispositions pour renforcer la résilience des populations pendant cet hivernage 2022, M. Serigne Mbaye Thiam, Ministre de l’Eau et de l’Assainissement a présidé le mardi 10 mai 2022, une réunion du Comité national de Gestion des Inondations. L’objectif de la réunion était d’examiner le dispositif de gestion efficace et efficiente des inondations 2022 destiné à apporter des réponses appropriées pour la prise en charge des populations et de leurs biens. Il s’agissait de partager également les prévisions saisonnières, de présenter les situations spécifiques et perspectives de gestion des inondations dans les régions et de faire le point sur la situation des mesures prévues par les structures techniques en vue de l’hivernage 2022.
Suite à cette réunion, le Ministre a effectué des visites de terrain le 30 mai et le 02 juin. Ces visites ont concerné les sites les plus exposés aux inondations et des ouvrages de drainage dans les départements de Dakar, Keur Massar, Rufisque, Pikine et Guédiawaye. L’objectif des visites était de faire un état des lieux et d’examiner le niveau d’exécution des travaux dans les sites critiques afin de réduire la vulnérabilité des populations face aux impacts des inondations.
A l’issu de ces visites, le Ministre a rappelé la nécessité de maintenir, d’étendre et de renforcer les mesures de sauvegarde sur l’ensemble des sites dont les travaux ne seront pas terminés d’ici la mi-juin, eu égard aux prévisions établies pour cet hivernage 2022. Il a également recommander de veiller au bon fonctionnement des ouvrages de drainage des eaux pluviales, et de prendre des dispositions pour assurer le bon écoulement des eaux au niveau des ponts sur les routes. Il a aussi insisté sur la synergie des actions, et l’appropriation des ouvrages par les populations ».

Cheikh Moussa SARR

24 juin 2022


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