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RESPECTEZ LES FDS ET LAISSEZ-LES EN DEHORS DE VOS COMBATS POLITIQUES

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Ceux qui connaissent ou ont seulement visité l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa) de Thiès, retiennent certainement l’image de la stèle avec une statue majestueuse en bronze dite « Le guerrier traditionnel » veillant sur la « Place de la devise » où se tiennent les grandes cérémonies de l’école. Ils gardent aussi à l’esprit cette citation du « monstre sacré » de la culture, Mbaye Gana Kébé, inscrite sur son piédestal : « Homme d’honneur et de serment qui ne recule ni devant la salve nourrie, ni devant le lion rouge sibi.

Homme fermement accroché aux vertus cardinales, qui se fait pilier superbe et rempart magnifique lorsque tout tremble et s’écroule alentours. » Cette statue représente les preux et « fières guerriers des savanes ancestrales » ¬chantés par David Diop, tout comme les braves tirailleurs sénégalais des deux grandes guerres dont les dignes ¬héritiers sont aujourd’hui ¬couverts de gloire au pays dans ses missions régaliennes, mais aussi à travers le monde, sur les champs de bataille pour la paix et la reconstruction des Etats désarticulés par des conflits armés.

Ces hommes et femmes des forces de défense et de sécurité (Fds) qui, de l’indépendance à nos jours, ont incarné ce « pilier superbe » de notre Nation diversifiée dans une solide l’unité, ce « rempart magnifique » qui a préservé l’intégrité territoriale et défendu la vie des populations, leurs biens, son économie et son environnement dans un Etat stable, assistent aujourd’hui à des attaques injustes contre leurs corps et leurs chefs. Quelle liberté d’expression ou de presse s’étend au droit de qualifier la Police nationale de « police politique », d’accuser sans la moindre preuve, un Général des forces armées de posséder un immeuble d’une valeur de six milliards et de comploter contre un leader politique ?

Mes doigts ont tremblé en formulant ces questions et tout mon corps avec, par la gravité et la lâcheté des attaques. Ces accusations sont graves parce que portées contre les institutions et la haute hiérarchie militaire du pays. Lâches, elles le sont, parce que s’adressant à des personnes en situation de ne pouvoir répondre de par leurs statuts mais surtout, de la majesté de leurs fonctions. Oui, ces hommes ont été forgés au feu du « souffrir en silence », du stoïcisme et de la haute conscience de leur lien de serment au Drapeau national, ne sauraient « répondre au coup de pied de l’âne ».

Quel intérêt dans le droit d’informer et dans le droit à l’information, épiloguer sur un procès-verbal d’enquête judiciaire qui n’a de valeur que de simple renseignement devant le juge ? Quelle liberté d’expression ou de presse s’étend à la publication de documents estampillés « secret défense » alors qu’on peut se limiter à le commenter ? Même dans ce cas, il y a des limites sociales et conjoncturelles à ne pas dépasser. Nous sommes en effet, dans une société encore attachée à des valeurs de pudeur et de discrétion (Sutura, maanu) quand l’honneur et la paix sont en jeu. Notre droit positif tient compte de cette réalité tout comme dans toutes les grandes démocraties. Dans une récente décision, le Conseil constitutionnel français a réaffirmé sa jurisprudence qui considère que « le secret de la défense nationale participe de la sauvegarde des intérêts fondamentaux de la Nation » (Décision n°2022-987 du 8 avril 2022 – Décision n°2011-192 du 10 novembre 2011), confortant le procureur de République et le juge d’instruction dans leurs pouvoirs respectifs définis dans de Code de procédure pénale et les incriminations des atteintes aux secrets de la défense prévues et réprimées dans l’article 413-9 à 12 du Code pénal français.

C’est le lieu de rappeler aussi que plus largement et plus sévèrement que la législation sénégalaise, le secret-défense, est défini en France comme « les renseignements, procédés, objets, documents, données informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ». Les Etats-Unis ont poursuivi et condamné Julian Paul Hawkins, plus connu sous le nom de Julian Assange, pour avoir révélé certaines opérations de l’Armée américaine pendant la guerre en Irak. Réfugié en Angleterre, il a été extradé par ce pays et séjourne en prison depuis 2019. Dans ce même pays, le « State Secret Privilege » (Privilège de secret d’Etat) permet d’écarter devant le juge des preuves contre l’Etat et les forces armées. Tout ceci pour dire qu’à travers le monde, aucun Etat ne met quoi que ce soit au-dessus de la Sécurité nationale. Son traitement par la presse dans l’Etat de droit, doit se faire avec une pleine conscience de cette nature et c’est ce qui justifie sa protection pénale.

Sous ce rapport, il est incompréhensible sur le plan de l’éthique et de la déontologie professionnelle du métier de journaliste, que des membres de la corporation, appuyés par certaines organisations se réclamant de la Société civile, prennent fait et cause pour le directeur de la presse en ligne Dakar Matin poursuivi pour la publication de documents classifiés « secret défense » et diffusions de fausses informations dont les graves accusations contre un haut gradé militaire évoquées ci-dessus.

Ceux qui ont manifesté en France devant Médiapart, devraient demander à ce célèbre organe de presse, combien de procès ont été intentés contre lui où il a été condamné. A-t-on pensé à la famille du général honteusement diffamé ? Pire encore, ceux qui soutiennent le mis en cause, imaginent-ils les conséquences sur le moral des troupes ? On a vu ce qui advient d’un pays quand la discipline qui fait « la force principale des armées » y est déficitaire. L’affaire dite des quarante-cinq milliards d’équipements des gardes forestiers qui aurait été soulevée par une presse étrangère, a été relayée par un acteur de la Société civile à grand coup médiatique sans aucune démarche de vérification auprès des autorités comme le prescrivent les principes d’action des organisations de la Société civile, c’est-à-dire vérifier l’information auprès des autorités et institutions concernées avant une quelconque action. Ceci lui aurait permis de savoir d’abord que le ministère de l’Environnement dont il s’étonnait de voir dans l’achat d’armes, assure la tutelle d’un corps paramilitaire, les gardes forestiers en l’occurrence, que tout le monde sait sous-équipés et confrontés au fléau du braconnage et du trafic international de bois. Ensuite, que le marché en question a respecté autant les procédures légales et réglementaires de passation de marchés, notamment ceux de gré-à-gré, que la Convention de la Cedeao sur les armes légères et de petit calibre, leurs munitions et autres matériels connexes.

Enfin, qu’il pouvait, dans les démarches d’information, s’appuyer sur les députés en considération de leur rôle de contrôle et d’évaluation de l’action gouvernementale, pour interpeller le ¬gouvernement sur la question ou ¬mettre sur pied une commission d’enquête dès lors que le marché concerne un ¬programme quinquennal avec un paiement annuel budgétisé. Dans toutes ces affaires, il y a lieu de ne pas perdre de vue que le Sénégal a des institutions solides, en l’occurrence la Justice pour l’affaire Pape Alé Niang et l’Assemblée nationale pour le marché du ministère de l’Environnement, qui déjà, les ont pris en charge.

Une procédure judiciaire est ouverte pour le premier cas, aucune forme de pression n’est admissible. Le journaliste est un justiciable, tout comme les personnes diffamées dont le nom est traîné dans la boue. Pour le second, avec la composition actuelle de notre Parlement, toutes les garanties s’offrent aux citoyens pour que cette affaire soit tirée au clair par leurs représentants. Un membre de la corporation interpellé sur la question de « la dépénalisation » (parler d’« abolition de la peine de prison » me semble plus approprié) des délits de presse, a eu la sagesse de dire qu’il y est favorable mais qu’il y a des préalables qui ne sont pas encore effectifs. Il cite en premier, « l’assainissement de la profession de journaliste » pour identifier clairement qui est journaliste ou pas et ce n’est pas la réglementation sur la carte de presse, bien qu’étant une avancée notable dans l’identification du personnel de la presse, qui suffira à la détermination des personnes concernées par les délits de presse. Il cite ensuite la culture de la responsabilité et l’éthique journalistique qui confèrent la capacité de discernement de ce qui est bon à dire ou pas, même si c’est la vérité.

En tant que croyants, on doit se rappeler les enseignements de nos livres sacrés et ceux de nos prophètes (Que la paix et le salut soient sur eux) en particulier la recommandation du prophète Mouhammad (Saws) selon laquelle, la meilleure façon de soutenir un ami, parent ou allié dans le tort, c’est de lui dire la vérité. La vérité ici, c’est le mal causé à nombre de personnes et la tension sociale délibérément provoqués par la mal-information. C’est l’occasion de rappeler aux Sénégalais la situation sécuritaire de notre sous-région et les menaces sur la stabilité de notre pays. N’assistons-nous pas à l’arrestation par nos Fds de présumés terroristes, au démantèlement de bandes armées ainsi que les saisies de grosses quantités de drogues et de faux médicaments et billets de banque ?

Dans un pays qui s’apprête à exploiter ses énormes ressources pétrolières et gazières, ces faits sont incontestablement des signes de cette menace à la paix et sa stabilité. Notre pays, plongé dans la crise, des multinationales seules en tireront profit. Elles qui, loin des regards, commenceront à puiser dans nos ressources au détriment du Peuple, légitime propriétaire, comme c’est le cas en Libye. Justement, c’est grâce à la vigilance et au professionnalisme de nos Fds que notre pays conserve encore cette stabilité magnifiée et enviée de par le monde, en faisant du Sénégal une terre bénie pour les investisseurs et autres bailleurs de fonds. Nous devons tout faire pour garder ce statut en évitant d’ouvrir « la boite de Pandore » par le fait de mêler les Fds dans des débats politiciens.

À mes frères d’armes, comme l’a souligné le Chef suprême des forces armées du Sénégal lors de la journée qui nous est dédiée, méfions-nous des médias et des réseaux sociaux qui sont autant de sources d’information que de désinformation. Nous devons rester fidèles au drapeau national à qui nous avons prêté serment de servir dans l’honneur et le dévouement. « Notre domaine c’est le droit » comme il est dit dans le chant de « La Maréchaussée » (Ancienne appellation de la Gendarmerie), c’est-à-dire l’exécution des lois, des règlements et des décisions de Justice, fidèlement et sans état d’âme. Le devoir d’obéissance aux chefs ressort bien de nos traditions martiales mais aussi de celles de nos pères qui ont développé en nous « le culte de l’Ancien ». Il nous revient de perpétrer ce legs de ces Anciens qui ont vécu des périodes les plus rudes, sans jamais faillir, en demeurant le « pilier superbe et rempart magnifique lorsque tout tremble et s’écroule alentours » (Mbaye Gana Kébé).

Sankoun FATY
Colonel de Gendarmerie à la retraite
Juriste- acteur de la société civile de Sédhiou

30 novembre 2022


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